Depuis plus d’un tiers siècle on nous bassine avec les fondamentaux de l’enseignement.

On n’a pu trouver mieux et plus reconductible pour entretenir le « bashing » du gouvernement, nourrir les rêves de prospérité des relégués de la société, abonder les programmes électoraux. Et harceler les élèves par ce qui devrait être un plaisir.

Il est dérisoire pour la politique de s’immiscer dans les réalités de l’exécution. C’est au niveau de chacune des classes que s’obtiennent les résultats qui tiennent plus de la qualité des maîtres et maîtresses que des idées issues de la pensée béotienne, du pédagogisme théoricien, de doctrines en vogue.

 

Sortons un peu des classes maternelles et de l’enseignement primaire auxquels nous devons beaucoup. Prenons de l’altitude pour tenter de nous mettre au niveau de cette multi-classe pensante, dirigeante et communicante à laquelle nous devons plus encore, mais autrement. Par la fiscalité elle prétend éradiquer le paupérisme. Mais en réalité elle appauvrit, abêtit, asservit les citoyens moyens pour leur faire payer ses bonnes œuvres, ses loisirs culturels, sa douceur de vivre.

Eh bien, même là-haut, on est souvent un peu court sur les fondamentaux que sont la lecture, l’écriture, le savoir compter, le savoir communiquer.

Faut-il le démontrer ? En écoutant les discours et en lisant les écrits chacun peut constater que même l’université et nos grandes écoles participent de notre lacune fondamentale. Les fondamentalistes y ont perdu leur latin.

L’action politique au pays de Descartes est souvent inspirée et conduite par une singulière logique qui laisse sans voix et sans réaction juristes et constitutionnalistes :

• Les tenants du pouvoir suprême ont pris l’habitude de s’ingérer dans les processus d’élaboration et de vote du budget alors que ces tâches sont constitutionnellement réparties entre diverses institutions de la République.

• Le gardien de la constitution a pu lancer un appel au respect de cette suprême loi en utilisant des expressions qui y sont introuvables.

• Il s’est autorisé à condamner les termes, puis à sanctionner le principe même d’une déclaration, faite devant l’Assemblée chargée de voter le budget, par un responsable dûment convoqué et mandaté par un décret pour proposer et exécuter un budget spécifique.

Il faut ne voir dans ces dérives d’interprétation, ni malignité, ni fainéantise. On a lu la constitution dans les bonnes écoles, mais sans doute de manière hâtive et approximative. Il semble y avoir là des indices graves et concordants selon lesquels ce n’est pas par hasard que rien ne tourne très rond dans les hautes sphères car on peut n’y savoir pas lire.

La lecture n’est pas le seul fondamental malmené par les servants de la république. La sainte écriture doctrinale et la communication, opérationnelle ou existentielle, subissent des offenses à la logique, au fond et à la forme, qui nuisent à la clarté des intentions.

Les talents ont besoin de temps pour s’épanouir dans la sobriété. Mais le temps presse en politique. Pour frapper vite et fort, on grandiloque. Pour être sur tous les fronts, pour tout régenter, pour tout faire en même temps, on délègue des tâches de mille et une manières.

C’est ainsi que croissent les effectifs des cabinets, que fleurissent les éléments de langage, que se multiplient les appels à des journalistes et à des écrivains supplétifs pour mettre en forme les messages. Place aux porte-parole et aux porte-plume.

La communication y gagne certes en qualité formelle. Quoique…

Quand croissent les nombres de rédacteurs et de locuteurs, prolifèrent contradictions et incohérences. Et croassent plus fort les amateurs de couacs.

Le fondamental du savoir compter collectif n’est guère mieux traité comme en témoignent la dette, les déficits budgétaires et les insincérités dénoncées par la cour des comptes. Le savoir compter individuel va bien, merci. Il démontre l’innocence des mathématiques.

Il semble bien que la politique manque d’un sérieux « fondamental » économique.

Il s’agirait d’abord de mettre fin à des pratiques vicieuses induites par quelques idées bien ancrées dans de très belles têtes selon lesquelles :

• Un état ne fait jamais faillite ;

• De l’argent il y en a toujours, il suffit de le prélever ou de l’emprunter ;

• Les capitalistes français sont des ennemis ;

• les capitaux étrangers sont les bienvenus.

Il s’agirait en même temps de ravaler à sa juste place la macroéconomie. Fondée sur des statistiques et agrégats simplificateurs et inappropriés, elle est orientée vers le passé, est étrangère aux réalités et à la formidable dynamique qui entraîne l’économie vers un avenir que nul ne sait prévoir.

L’avenir ne se projette pas dans un rétroviseur.

Pierre Auguste
Le 4 octobre 2017